« Tout a changé en 2016… »

« Tout a changé en 2016… »

Qui ne l’a pas pensé, à un moment ou à un autre de l’année ? Les marchés européens en sont le meilleur exemple avec une très violente rotation sectorielle. Les valeurs liées aux produits de base ont doublé de valeur sur l’année et les titres bancaires ont progressé de plus de 50% au second semestre. Ces situations sont le reflet totalement inversé de l’année 2015 : il s’agit donc d’un renversement majeur perçu par la collectivité.

Cette perception du changement se retrouve dans l’évolution du consensus sur les marchés d’actions. Si le pessimisme caractérisait l’hiver dernier, c’est le scepticisme qui a ensuite prévalu sur l’ensemble de l’année, jusqu’à l’accélération haussière de novembre 2016. Nous avons cité la phrase de Sir John Templeton dans un article de septembre : « les marchés haussiers naissent dans le pessimisme, croissent dans le scepticisme, murissent dans l’optimisme et meurent dans l’euphorie ».  Nous indiquions alors attendre le retour de l’optimisme - lequel suit logiquement le scepticisme. Cette analyse comportementale élémentaire permettait de justifier notre conclusion d’investissement du 12 septembre : « Pour l’indice parisien, cela signifie au moins 4800 points cette année et un allègre dépassement des 5000 points sous 12 mois ».

C’est fait, l’optimisme l’a emporté et le changement apparait créateur de valeur.

 « Le changement c’est maintenant »

Quelqu’un a dit cela un jour. Il avait raison et dans le fond, tout le monde a raison un jour mais au bon moment, c’est autre chose. Avoir raison trop tôt sur les marchés, c’est s’exposer à ne pas pouvoir tenir assez longtemps une position d’allocation : on doit alors « couper sa position ». Le renoncement du président français est un des événements, improbable a priori, qui a marqué la perception du changement qui s’est produit en 2016.

Les événements comme celui-ci sont improbables et par définition peu prévisibles. Pour autant, ils ne se produisent pas non plus par hasard.

Nous avions justifié cette situation dans notre article de février qui concluait : « La fin de la décennie en cours s’annonce donc chaotique en ce sens que la société va progressivement imposer un changement de politique. Les primaires américaines et les diverses élections européennes en sont un premier jalon ».

A priori improbable également : la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Cet événement s’inscrit dans une perspective cyclique déjà établie de chute de l’euro (cf. graphique présenté par Valérie Gastaldy à la conférence IFTA de Londres en 2014) et dont les conséquences exceptionnelles sont encore à venir puisque le point bas de l’euro n’est pas attendu avant 2019. Le personnel politique de l’Europe commence lentement à prendre conscience du changement que les élections de 2017 vont entériner.

A priori improbable enfin : la prise de contrôle de la première puissance économique et militaire par un businessman star de télé-réalité… pour se limiter à ce descriptif. Nous avons développé dans un article de novembre la logique du cycle économico-social aux USA qui aboutit à l’élection de Trump : la surprise n’est pas si grande sous l’angle comportemental mais la collectivité a ici aussi perçu un changement majeur.

« où courent-ils ? »

Le changement induit une nouvelle ère mais laquelle ? Personne ne se prononce clairement à ce stade et nous avons eu l’impression d’une collectivité déboussolée, courant dans tous les sens en 2016, à la façon d’un sketch de Raymond Devos. La première interrogation qui a dominé l’année a été politique et le résultat des votes des démocraties a évidemment généré stupeur et confusion. La seconde préoccupation a été celle de la manière dont les banques centrales allaient modifier leur politique, la FED étant au centre des discussions avec sa normalisation monétaire.

Il faut relier ces interrogations avec l’évolution des actions - les éléments du début de cet article. les plus fortes hausse de l’année sont toutes liés aux  thématiques « risque », « value » et « finance » voire « cycle ». Ce tir groupé était improbable en début d’année et, surtout, il ne figure pas dans les annales boursières : cela aussi contribue à cette perception de changement.

Les actions risquées et les taux montent de concert. La croissance mondiale, toujours fade, est bien au-dessus du consensus du début d’année. Les politiques élus ont des programmes expansionnistes. En somme, le changement est peut-être déjà dans ces données.

Logiquement, le mot « inflation » est maintenant surtout toutes les lèvres. Est-ce bien rationnel ?

La réponse n’est pas normande : ce ne devrait pas être « peut-être bien que oui et peut-être bien que non ». C’est « non » tout de suite. Cela ne signifie pas que le consensus se trompe de sujet. Simplement, nos modèles économiques comportementaux pointent vers un premier sommet important sur les taux longs en 2017 puis une nouvelle séquence de baisse. Pour reprendre Nicolaï Kondratiev, nous analysons « la culture et non la nature » dont nous n’avons rien à voir avec l’astrologie (nature) - souvent associée à la datation d’événements futurs - mais notre analyse comportementale (culture) montre que la vraie crise obligataire n’est vraisemblablement pas pour 2017. Au plus tôt 2018 mais vraisemblablement un peu après. On peut aussi faire abstraction de la partie comportementale et raisonner avec bon sens : on ne change pas un modèle de plus de trente ans (cf. l’impulsion de Reagan, le concept de l’ECU dans les années 80 et l’Acte unique, etc.) en quelques trimestres. Tout cela va prendre du temps.

C’est « oui », évidemment, ensuite. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que tous les ingrédients d’une reprise de l’inflation et de la hausse des taux longs sont réunis pour la prochaine décennie.

Conclusion d’investissement

Nous sommes restés à l’écart du marché obligataire tout au long de 2016. Nous envisageons un retour, timide, sur cette classe d’actif, probablement au premier trimestre 2017.

Sur les actions, les premiers objectifs sont atteints et nous confirmons notre anticipation d’un allègre dépassement des 5000 points sur le CAC40. Pour les rares, dont nous sommes, qui suivent l’indice français intégrant les dividendes, nous escomptons un nouveau sommet historique (plus haut que le sommet de 2015).

Sur la physionomie de l’année, c’est une petite surprise que nous réserve la collectivité. Aurons-nous une ligne droite de hausse ? C’est possible mais ce n’est pas notre scénario privilégié. Nous envisageons des moments un peu rudes au cours de 2017. Tant mieux, c’est ici qu’un gérant sert vraiment à quelque chose.

Nous vous adressons nos vœux de santé, de joies et de succès et beaucoup d’enthousiasme pour 2017.

 

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