5000, c’est fait ! Et maintenant ?

Le 12 septembre, nous avions conclu que le CAC40, alors à 4400 points, allait « allègrement passer les 5000 points » sous 12 mois.

5000 points, c’est fait.

Comment ? Avec un marché international haussier sur les actions et baissier sur les obligations et avec des signaux graphiques sans équivoque : nouveaux sommets aux USA et en Europe (et oui, le « vrai » indice CAC40, celui qui intègre les dividendes, vient de faire vendredi dernier une nouvelle clôture historique !).

Pourquoi ? Nous avons notre propre explication « comportementale » (notre lettre du 12 septembre) mais l’explication « fondamentale » peut se résumer ainsi : c’est le retour de l’inflation qui fonde le mouvement avec notamment une dynamique forte des actions de type « finance » ou « value ». Ce redressement de l’inflation est d’ailleurs tangible, comme le montre le graphique qu’a construit RF Research :

Dans un récent rapport, Véronique Riches-Flores indique « le scénario d’un possible retour de l’inflation n’a jamais véritablement quitté l’esprit des économistes depuis 2008, revenant aujourd’hui au-devant des questionnements que suggèrent les développements en cours ». Dans son même rapport, elle précise que « les crises de surendettement ont cette particularité de s’être quasi-systématiquement terminées par une résurgence de l’inflation, que cette dernière ait été le fruit des ravages provoqués sur les structures économiques préexistantes ou le résultat de crises politiques inhérentes aux chocs qu’elles induisent, y compris, leurs intermèdes déflationnistes ».  Cette phrase contient à peu près tout ce que la finance comportementale dirait en s’appuyant sur ses propres outils. Allons-y.

L’histoire se répète

Cette assertion a maintenant convaincu une majorité de penseurs et d’investisseurs mais elle rencontre encore plusieurs résistances. Une des résistances est académique ; elle se retrouve dans le constat que les ensembles répétés (plusieurs moments analogues de l’histoire) ne sont pas isomorphes. Nous avions proposé notre lecture de l’élection de Donald Trump comme traduisant une rupture analogue à celle de l’élection de Reagan ou d’Eisenhower. Évidemment, ces hommes d’Etat, leurs projets et leurs époques respectives sont distincts. C’est la rupture qui se répète.

C’est bien ce que tout le monde constate : « tout a changé ». Valérie Gastaldy, stratégiste de DayByDay, indiquait dans sa prévision 2017 que « la foule n’aime pas le changement ; elle n’y consent que lorsque toutes les autres options apparaissent inefficaces ». Ces options sont sous nos yeux : pour le Royaume-Uni, c’était rester en Europe et agir sur cette institution ; pour les USA, c’était élire Hilary Clinton et prolonger les dynasties antérieures (Bush, Clinton, Obama). Ces options sont apparues inefficaces et les démocraties ont voté « contre ». Le vote s’est porté « pour » autre chose mais cette autre chose est inconnue. C’est une définition philosophique du changement « non pour ne plus être mais pour devenir ce qui n’est pas encore ».

C’est ici que l’inflation arrive. Elle est une conséquence inévitable du Brexit et de la politique prévue de Donald Trump. Cette inflation voulue est le symétrique parfait de l’inflation combattue du début des années 80, un des thèmes du cycle précédent (cf. Reagan, Thatcher). Elle vient répondre à l’accumulation considérable de dettes depuis trente ans. Ce n’est donc pas une répétition isomorphe de l’histoire mais une répétition au travers d’une rupture de même degré. Il reste que l’inflation arrive et nous en aurons très probablement pour notre argent, si l’on peut dire…

La dynamique de l’inflation

Nos travaux sur les cycles sont réalisés sur des données économiques objectives et notamment sur l’inflation. Pour une analyse robuste sur les prix, nous prenons, comme Kondratiev il y a bientôt un siècle, les données là où elles sont les plus longues, aux USA. Le cycle sur lequel nous travaillons depuis plusieurs années est sans ambigüité : la prochaine décennie sera franchement inflationniste.

Pour s’abstraire de la théorie du cycle, encore mystique pour certains investisseurs, la question de la dynamique de l’inflation peut aussi être posée par ses déterminants fondamentaux.  Véronique Riches-Flores  signale bien que la  « résurgence de l’inflation » peut être «  le fruit des ravages provoqués sur les structures économiques préexistantes ou le résultat de crises politiques inhérentes aux chocs qu’elles induisent ».  En paraphrasant, on peut donc avancer qu’il s’agit d’une réaction à l’endettement.

Nous optons également pour traiter cette dynamique en exploitant la théorie de l’apprentissage, comme le propose Tony Plummer. Selon l’auteur, lorsque l’information du changement survient – sous forme de « choc » -, trois séquences s’enchainent. La première est la réaction immédiate et instinctive au changement ; la seconde est une réponse stressée qui tente de réajuster le système pour revenir au schéma antérieur ; la troisième est la transformation définitive du système pour s’ajuster au changement. Ces étapes - la troisième étant bien plus longue - sont celles d’une évolution orthodoxe.

Dans notre cas, cela signifie que l’inflation (donc les taux longs) monte(nt) actuellement en réaction à l’information (Brexit, Trump et autres ruptures en gestation). Viendra ensuite le temps de la résistance : nous vivrons prochainement un nouvel épisode à caractère déflationniste (nouvelle baisse des taux longs) comme une dernière tentative de retour en arrière. Enfin, la dernière étape sera l’intégration définitive de l’inflation comme paradigme du développement économique. Les historiens qui inspirent les conseillers militaires de Donald Trump – ceux qui prônent une forte hausse du budget de la défense -, savent que l’intégration de l’inflation dans la structure économique correspond à des périodes qui sont souvent le théâtre de conflits armés (guerres napoléoniennes, guerre civile américaine, 1ère guerre mondiale, Vietnam). Ces conflits, bien sûr, sont impensables aujourd’hui, d’autant qu’ils ne peuvent se produire si les leaders des grandes puissances sont des hommes pacifistes, tempérés, avec une sensibilité démocratique éprouvée…

Conclusion d’investissement

Pour les quelques mois qui viennent, la tendance devrait rester solide pour ce qui concerne l’inflation et les taux longs. Il faut donc rester encore à l’écart des papiers obligataires à taux fixes.

Pourtant, avant la fin d’année, la seconde étape devrait se mettre en place et il sera probablement opportun de revenir sur le marché obligataire. A ce sujet, l’évolution de l’inflation mondiale à prix de pétrole inchangé (source : RF Research) montre une forme de cloche (avec un sommet  à plus de 3%...) :

Le point bas de l’inflation et des taux longs se situe « en » 2019 selon nos modèles – « en » car il peut se produire un peu avant ou un peu après. Ceci signifie que nous entrerons dans la prochaine décennie avec une inflation qui aura commencé à s’installer fermement - la troisième période.

Sur les marchés actions, nous conservons un biais acheteur sur le semestre et nous gardons notre système de mesure du sentiment. Ce sentiment pourrait devenir très optimiste dans les mois à venir. Il sera alors temps de changer de raisonnement mais nous avons encore du temps.

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