LA SOCIÉTÉ OCCIDENTALE EN PLEINE DÉPRIME

La société occidentale en pleine déprime

La société américaine va bientôt élire son nouveau Président. La campagne des primaires, qui commence, permet de mesurer l’anxiété assez forte de la population – bien que les plus démunis ne votent pas. Ceci s’explique par le fait que l’emploi a mis beaucoup de temps à se redresser depuis 2008 mais surtout, la précarité a progressé.

En Europe, les allemands perçoivent la montée du sentiment populiste national, chez eux comme à l’est et au nord de l’Europe, comme une réponse de la société à deux phénomènes : d’une part, la dynamique migratoire mondiale, d’autre part l’environnement inédit créé par la Banque Centrale Européenne.

En somme, la croissance est trop faible, les emplois ne sont pas assez pérennes et les décisions politiques sont anxiogènes.

Les périodes où le sentiment social est bon correspondent à une croissance plus forte, un emploi plus stable et une action politique plus sereine. Ces périodes coïncident avec le développement de grandes infrastructures économiques comme la production de masse, la consommation individuelles ou, plus récemment, les autoroutes de l’information. Le graphique ci-dessous montre ces trois grandes tendances.

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La réalité économique de long terme est que l’occident traverse une période de transition économique entre deux grandes infrastructures : celle dont nous sortons, l’économie de l’information, et celle vers laquelle nous allons, que nous ne connaissons pas. Ici la croissance est faible, l’emploi instable : l’humeur sociale est donc médiocre.

Les marchés financiers ont déjà escompté tout cela puisque les grands indices actions font du surplace depuis 15 ans et le sommet de l’an 2000. Si une nouvelle dynamique économique de trente ans pourrait, par analogie des cycles précédents, se matérialiser d’ici quelques années, la fin de la décade s’annonce encore chaotique.

 

La « socionomics » comme discipline de la finance comportementale

Le principe de la « socionomics » telle qu’elle est développée par Robert Prechter aux USA est que l’économie - et donc la finance - est soumise à l’évolution de l’humeur sociale. La pensée commune tient plutôt de l’inverse avec notamment les études sur l’effet richesse et les conséquences sur le moral de la société d’une hausse ou d’une baisse de la bourse.

Nous utilisons l’histoire du cinéma pour souligner brièvement la « socionomics » comme un des aspects de la recherche en finance comportementale.

En 1933, King Kong, le singe le plus célèbre arrive sur les écrans. Le film commence par quelques images de chômeurs dans les rues de New York. C’est, avec les Raisins de la colère, une des productions artistiques les plus révélatrices de l’époque. Dans la sociologie de l’imaginaire, le géant représente sans doute le traumatisme collectif de la dépression qui prend cette forme de bête dévorante et écrasante.

Après le premier King Kong (1933) sort Les temps modernes (1936) de Chaplin, où l’on voit symboliquement le comique tourner dans les rouages de la production de masse. Pratiquement, cette production de masse commence au début du siècle comme conséquence des dernières innovations de la seconde révolution industrielle. Elle permet les « roaring twenties » et tous les changements que cette forte croissance induit. Or le changement comporte toujours une part d’angoisse, ce que la société exprime à partir de la Grande Dépression.

En 1976, Hollywood lance à nouveau le singe sur les grands écrans. Cette fois-ci, il est capturé par une compagnie pétrolière et son principal défenseur est un militant écologiste. Le film sort dans ce contexte de choc pétrolier, autre traumatisme collectif, de la consommation individuelle cette fois-ci.

Le second King Kong survient dans une économie américaine qui a vécu un triomphe du bien individuel au travers de la consommation de masse. Dans les années 70, chaque citoyen a une voiture, un réfrigérateur, une maison, un canapé etc. Le changement est aussi en marche du côté des mœurs, lesquels ne se limitent pas à la morale puisque le concept de « décroissance » date de cette époque. Le singe vient probablement encore personnifier ce changement et l’angoisse associée.

En 2005, Hollywood bat son propre record de budget le plus élevé en absolu pour un film avec… King Kong ! Il est frappant de constater que le grand singe apparait encore au moment où la croissance économique commence à ralentir. En effet, en 2007, l’éclatement de la bulle hypothécaire va révéler la faiblesse de la dynamique mondiale.

Malgré cet exposé, la présence du grand singe peut sembler anecdotique pour le lecteur exigeant. Pourtant, l’histoire montre, dans la fin de la période de transition (donc dans la décennie qui suit la sortie du film), des changements majeurs de la politique économique : le New Deal de Roosevelt (fascisme et Front Populaire en Europe) et le Reaganomics (Thatcher ou Fabius en Europe).

La fin de la décennie en cours s’annonce donc chaotique en ce sens que la société va progressivement imposer un changement de politique. Les primaires américaines et les diverses élections européennes en sont un premier jalon.

KING KONG

Commentaire du graphique

La ligne noire représente les actions américaines sur plus d’un siècle. Trois périodes de tendance (lignes ascendantes bleues) marquent trois grandes infrastructures motrices de l’économie (la production de masse puis la consommation individuelle puis les autoroutes de l’information). Entre deux infrastructures, l’économie est en dans un processus de transition et de genèse des innovations (lignes rouges en demi-arrondi) : activité stagnante, déséquilibres monétaires, manifestations sociales. La présence des trois grandes productions hollywoodiennes ayant trait à King Kong est une traduction, certes légère, des comportements collectifs.

Conclusion opérationnelle : les périodes de transition durent en moyenne 20 ans ; l’actuelle période devrait se terminer au tournant de la décennie ; les périodes antérieures montrent une situation tendue sur les plans politiques, géopolitiques et sociaux.

 

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