L’arlésienne du retour en grâce des actions européennes

 La finance européenne a son « arlésienne », la grande thématique des actions européennes qui vont finalement monter, aspirées qu’elles devraient être par les actions américaines. L’idée est profondément ancrée dans les esprits financiers. En finance comportementale, on parle en l’espèce du biais d’ancrage.

L’ancrage est profond parce que tout investisseur sait que, depuis un siècle, le cycle économique mondial est systématiquement initié par les USA. Les actions américaines commencent donc par monter en premier et la propagation économique fait le reste.

s&p vs stoxx600 mensuel et dates

Le graphique ci-dessus est la courbe qui divise les actions américaines par les actions européennes (pratiquement le S&P500 est divisé par le Stoxx600). La première observation est que la courbe monte globalement, ce qui rappelle, si besoin était, que les actions américaines surperforment sur le long terme.

La seconde observation ravit les plus cyniques pour qui lorsque les actions européennes surperforment, la fin du cycle boursier approche. Les cyniques ont bien raison car, dans les années 1990-2000, ces périodes sont un prélude à des corrections importantes : 1994, 2001 et 2008 évidemment.

Il faut ici se saisir de la bonne nouvelle qui confirme une de nos précédentes lettres mensuelles : les actions européennes n’ayant pas du tout surperformé récemment, une prochaine crise majeure serait peu probable.

Plus sérieusement, l’origine du biais d’ancrage apparait bien sur la partie gauche du graphique puisque le ratio oscille avec régularité de 1989 à 2007 : les actions européennes font, de temps à autre, mieux (quand la courbe baisse). Tout le monde est convaincu.

Les investisseurs, depuis 2009/2010, estiment régulièrement que les actions européennes vont revenir sous les feux de la rampe. C’est en fait la fameuse arlésienne puisqu’aucune période de longue surperformance n’est apparue.

s&p vs stoxx600 hebdomadaires et périodes

Avec le graphique ci-dessus, nous « zoomons » cette période sur des données hebdomadaires, le premier graphique étant une moyenne mobile de données mensuelles. Nous voyons trois petites périodes pendant laquelle la courbe bleue (le ratio US/Europe) baisse : 1,2 et 3.

Première observation : dans les trois cas, la courbe noire (partie supérieure) - le S&P500 lui-même – évolue à plat pendant ces périodes. L’Europe a donc fait mieux quand les USA stagnaient.

Seconde observation : les trois périodes correspondent à des décisions majeures de banques centrales : « 1 » est la fin du « quantitative easing » n°1 des USA, « 2 » est le « whatever it takes » de Mario Draghi et « 3 » est l’annonce du « quantitative easing » européen. L’Europe a donc fait mieux quand un événement monétaire favorable à l’Europe s’est produit.

En conséquence, surpondérer les actions européennes ne fait du sens en 2016 et 2017 que si :

-          Le contexte financier global de la période 2007-2016 est terminé et « l’oscillation 1989-2007 » reprend

-          Les actions américaines stagnent et/ou le prochain événement monétaire est en faveur de l’Europe

Nous n’avons absolument aucun élément pour justifier du premier point. Le second est tout aussi complexe mais nous disposons d’arguments. En premier les banques centrales ont épuisé leur arsenal « décent » de lutte contre la déflation. Faire plus serait « indécent », au moins aux yeux des allemands et autres Chicago Boys. Ensuite, la seule banque du monde qui peut créer une modification significative est la FED. Elle seule est en situation de resserrer les conditions monétaires et elle seule va faire face à une inflation qui remonte pour des facteurs conjoncturels (rebond du pétrole) et structurels (emploi).

Un retour des actions européennes n’est donc possible qu’à la condition que la FED, même si le cycle économique est très faible, agisse dans un sens restrictif ou bien modifie son rapport à l’inflation. La synthèse serait donc qu’une hausse graduelle des taux longs américains pourrait être le catalyseur d’une surperformance boursière de l’Europe.

Un élément milite pour ce cas de figure et donc la fin du syndrome de l’arlésienne : les cours de l’or.

gold 15 ans

Le signal technique qui vient de se former (flèche rose) est sérieux. Il est encore plus puissant sur l’argent, ce qui confirme le retour d’un cycle haussier des métaux. Ce type de mouvement peut correspondre soit à une amélioration future de la destinée des pays émergents, soit, et cela peut compléter l’exposé précédent, à un retour, même modeste, de l’inflation.

En conclusion, nous pensons que la surperformance des actions européennes peut à tout moment passer du statut d’arlésienne à celui de réalité. Nous suivrons cette possible évolution au travers de nos produits de gestion.

Les cassandres pourront argumenter que la hausse de l’or est le signal précurseur d’une crise mondiale où aucun indice action ne pourra tirer son épingle du jeu. C’est une alternative toujours possible compte-tenu de la force de la reflation monétaire. Pourtant, ce petit Armageddon n’est pas encore d’actualité selon nous.

2 réponses

  1. Bonjour,

    Surperformance peut-être mais cela voudra-t-il dire hausse OU BAISSE MOINS FORTE ?
    En ce qui me concerne, je pense que les points bas sur les marchés européens n’ont pas encore été atteints.
    A suivre

  2. Julien Nebenzahl

    Merci pour votre commentaire ! Les anticipations de hausse des taux par la FED se font plus fermes et l’Europe commence doucement à reprendre de la vigueur. Ce n’est pas très net mais un renversement commence en général assez timidement. A suivre effectivement…

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