Entre euphories et paniques

Entre euphories et paniques

« Exceptionnel alignement des planètes » pouvait-on lire dans la presse début 2015. Il faut se souvenir des taux bas, de l’Euro faible et de la baisse du pétrole…

« Vendez tout » disait une banque européenne début 2016, prévoyant l’Armageddon de la déflation. Il faut se souvenir que les actions européennes baissaient alors de 20% sur un an et que la situation anxiogène empirait sur tous les fronts…

C’est évidemment très facile a posteriori de tourner la foule en dérision. Ce n’est pas du tout notre perspective ici. Nous souhaitons simplement mettre en évidence l’importance du facteur comportemental dans un contexte monétaire où les investisseurs ne sont pas libres.

En effet, les politiques concertées des banques centrales aboutissent, sur le marché obligataire, à une prise de risque accrue et, sur le marché des actions, à une impossibilité de valorisation.

Pour les obligations, les gérants n’ont pas eu d’autres choix que de prendre des risques de pentification puis des risques de crédit. Pour les actions, le principe élémentaire de valorisation – actualisation du dividende futur ajusté du taux sans risque – vient de perdre ses déterminants puisqu’il n’y a plus vraiment de taux d’actualisation, de taux sans risque, etc.

Si les repères fondamentaux s’évanouissent, il ne reste que de la psychologie dans l’évolution des prix. La fameuse alternance des facteurs de « peur » et « d’avidité » domine. Elle se retrouve dans les exemples que nous citons plus haut (avidité en 2015 et peur en 2016). Elle créé aussi cette volatilité de court terme.

Que comprendre et surtout que faire dans ce cadre ?

Pour notre part, nous analysons tout ce qui peut permettre de détecter des excès d’attitude de la communauté dans le but de réduire le risque de nos investissements. Nous pensons qu’il faut éviter les sentiments de pessimisme et d’optimisme puisqu’ils ne sont pas équilibrés par des facteurs objectifs.

Nous développons ici deux points : l’attitude des investisseurs et le changement temporaire de paradigme économique. Ces deux analyses militent pour une prise de risque mesurée – dans le temps et dans l’ampleur - sur les marchés d’actions.

Premier point : les attitudes des investisseurs

Merrill_20160511_STOXX600

Le premier graphique, ci-dessus, vient d’être publié par une grande banque d’affaires américaine. Il s’agit des cours depuis 1997 des actions européennes. Il est très simple à lire, il suffit de suivre les cours avec les lignes et flèches rouges. Selon ce graphique, la situation actuelle est analogue à celles de mai 2001 et mai 2008 et donc… la bourse peut perdre encore 30% voire 40% !

Ce graphique est assez typique d’une fuite vers l’irrationnel en supposant que ce qui a été vu sera revu de la même manière.

L’analyse sous-jacente perd de vue une donnée cruciale : la tendance de l’économie à long terme. Si la fin des années 90 marque l’apogée des autoroutes de l’information – et donc la maturité de ce cycle –, la période de transition qui suit dure entre 15 et 20 ans (cf. notre analyse de février). Au terme de cette transition, un nouveau cycle de croissance débute. La troisième répétition suggérée par ce graphique, si elle est évidemment possible, nous semble peu probable puisque précisément nous débutons un nouveau grand cycle économique.

brent monthly

Le second graphique, ci-dessus, est l’évolution annuelle du prix du pétrole depuis les années 80. On voit facilement que les cours ont évolué dans deux zones : 10$-35$ (1980-2000) puis 35$-120$. Les prix viennent de revenir sur la partie basse des 35$ et, si on lit la presse spécialisée, la communauté financière projette une déflation séculaire avec un baril à 20$...

C’est oublier que ce seuil des 35$, puissante mémoire de marché, doit a minima déclencher une stabilisation, peut-être un rebond – ce qui était notre position fin février. Comme la donnée du graphique est annuelle, la stabilisation ou le rebond est sur cette temporalité donc, a minima encore, sur 2016.

En conclusion, dans les deux exemples que nous donnons, la communauté financière (la foule) projette pour l’avenir des tendances ou des rythmes du passé sans réaliser une analyse exhaustive.

Dit différemment,

  • Si 2016 pourrait ressembler à 2001 et 2008, nous ne sommes en fait plus dans le même cycle économique
  • Si 2015 a activé les pires craintes avec la chute du pétrole, ce thème ne devrait pas être central en 2016.

Ce qui nous amène au second point, un peu moins comportemental.

Second point : le changement temporaire de paradigme économique

RF Research Brent tx variation

Nous reprenons notre perspective de stabilisation des prix du pétrole sur 2016.

Le graphique ci-dessus, élaboré par Véronique Riches-Flores montre l’évolution du taux de variation annuelle des prix sur l’ensemble de 2016 si le pétrole ne bouge plus. On voit nettement la dynamique de la courbe de momentum qui se dirige vers +30% en fin d’année.

Le sujet qui vient avec cette observation est celui de l’inflation. Celle-ci est restée basse en 2015 alors que le pétrole chutait. Il est donc probable que la seule stabilisation des prix du pétrole va booster les données d’inflation, à l’image du taux de variation du pétrole lui-même qui pourrait progresser. Le paradigme de 2016 est donc différent de celui de 2015 : c’est une reprise, temporaire, de l’inflation.

Inflation DBD

Le graphique ci-dessus est extrait de la recherche de Valérie Gastaldy. Il représente le taux de variation annuel des prix à la consommation aux USA (en rouge) face au modèle cyclique (en noir) élaborée sur 120 ans de données. Le taux de variation commence à remonter et, cycliquement, il devrait encore remonter quelques mois. Nous avons donc une autre conclusion en faveur d’une reprise, temporaire, de l’inflation.

Conclusion d’investissement

En termes de gestion de portefeuille, nous ne projetterons pas 2015 sur 2016. Le consensus de marché est bien trop pessimiste pour qu’une crise grave se produise cette année.

La reprise temporaire de l’inflation va modifier les allocations, justifier une action (très) modérée de la FED et ainsi contribuer à la dynamique des marchés d’actions. Nous sommes exposés aux thématiques associés : produits de base, secteur pétrolier et, par ricochet de la surperformance de l’Europe, secteur financier.

Les commentaires sont fermés.